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A Feleségem Története (L’Histoire de ma femme) : aimer l’amour comme on le hait


Tiré d’un roman éponyme de l’auteur hongrois Milán Füst, L’Histoire de ma femme est le dernier long-métrage de la réalisatrice Ildikó Enyedi, en sélection au Festival de Cannes. S’il n’a gagné aucun prix, ce film d’époque aura sans doute conquis bien des cœurs.



L’intrigue est pour le moins romanesque, voire rocambolesque. Le capitaine de la marine commerciale Jakob Störr (Gijs Naber), fait lors d’un passage dans la ville Lumière un pari absurde auprès de son peu scrupuleux ami Kodor (Sergio Rubini) : il épousera la première femme qui entrera dans le café où les deux hommes surveillent l’associé du marchand-contrebandier-homme d’affaires. Cette femme, c’est l’audacieuse, la lumineuse, la bouleversante (sacrée coïncidence, tout de même) Lizzy (Léa Seydoux). Le pari est tenu en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, et le plus dur commence alors : le franc, sensible, sincère capitaine Störr se démène face à la tempétueuse Lizzy, taquine, provocatrice, libre. C’est une histoire somme toute des plus banales sous un voile d’idéal : un homme qui croit à l’amour, une femme qui n’y croit pas. Oui, le film d’Enyedi charrie les clichés : les années folles, les personnages trop beaux, leurs personnalités sont démesurément exagérées, certains plans évoquent des réclames pour parfum de luxe (!), comme dans une vedette à Hambourg, lorsqu’une énième fois les deux héros se retrouvent. Oui, le film d’Enyedi n’est pas un film à Palme d’Or pour toutes ces raisons. Néanmoins, et pour bien des raisons, nous regrettons qu’il n’ait pas été plus salué que cela par la critique.


Tout d’abord, si l’amorce est improbable et les personnages à la limite de l’idéal-type, ce n’est pas pour nous déplaire. Bien sûr, le réalisme a pris le pas sur la fantaisie, mais l’on vient encore au cinéma pour rêver. Et ce film réussit ce pari désuet : de Paris à Hambourg ou bien sur les flots, l’on est transporté dans une époque, les années Folles, et l’on veut croire à cet univers comme à cet amour tortueux. Les couleurs font la force de l’image : la photographie est impeccable, et les contrastes entre l’éblouissante Paris, et la froide Hambourg, saisissants, dictent au spectateur son humeur. Le romantisme peut-être convenu du film ne saurait laisser indifférents tous les amoureux du monde, car il s’exprime lors de scènes mémorables, comme lors d’un tango à Paris, ou d’une triomphale nuit d’amour à Hambourg sur la 4ème de Bruckner. La naïveté comme la persévérance de Störr sont touchantes et l’on s’attache à lui naturellement ; l’on s’attache aussi inexplicablement à Lizzy, malgré ses travers et sa violence vis-à-vis de son époux. Elle est bien là, la principale réussite du film : l’on se prend à comprendre puis ressentir l’amour profondément irrationnel de Jakob envers la femme de sa vie ; l’on se prend à espérer que leur histoire durera, après avoir souhaité sa fin ; l’on se prend à aimer haineusement, à haïr l’amour auquel on veut pourtant croire.


Notons aussi le traitement du récit en sept « leçons » (pas vraiment…), qui marque la narration en plusieurs étapes clés des tribulations d’un marin aussi assuré sur les mers que patauds dans les bras de son épouse. Elle en joue et il perd, il en pleure elle rit et ils crient. Et ce sont des va-et-vient incessants, comme une longue nuit d’amours cruelles ou bien tendres, 2h49 durant.


La durée de l’œuvre est peut-être son point faible : certaines scènes auraient franchement pu être coupées, d’autres sont un peu longues, et l’on se sent presque coupable lorsqu’au troisième chapitre, l’on se surprend à penser : « seulement ? ». L’on regrettera aussi Dédin (Louis Garrel), ennemi du capitaine, trop arrogant, portant trop bien son nom, qui montre toutes les limites de personnages trop romancés et surtout cultivés hors-sol.

Toutefois l’on vient parfois au cinéma pour s’évader et, en cela Enyedi nous propose une aventure au-dessus de toutes les autres : les cœurs se mettent à l’unisson le temps d’une séance, guidés par une bande originale soigneusement choisie. L’on a lu trop souvent que le titre, L’Histoire de ma femme, était mal choisi ; dire cela, c’est, pardonnez notre aplomb, être passé complètement à côté du récit, autant que si l’on reprochait à Anthony Hopkins son Oscar en 1992 pour seize petites minutes d’apparition dans Le Silence des Agneaux. Certes, dans L’Histoire de ma femme l’on suit exclusivement Gijs Naber, mais c’est, plus que pour vivre ses tribulations, pour qu’il nous permette à travers son amour immortel de saisir l’éphémère, la fuyante, la troublante, l’émouvante Léa Seydoux.


L’Histoire de ma femme, réalisé par Ildikó Enyedi, avec Léa Seydoux et Gijs Naber, sortie prévue en janvier 2022.


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