• Alexandre Haïoun-Perdrix

Hâter le crépuscule hivernal grâce à Ce qu'il faut de nuit

Ah, les vacances ! Moment de joie, d’allégresse qui accompagne on l’espère chez tout un chacun ce qui est aussi bien la période des fêtes que la fin d’un semestre à l’Institut. C’est aussi subséquemment le moment idéal pour découvrir des choses profondément déprimantes, qu’on aura éviter de regarder pendant les partiels et périodes préalables que nous venons de quitter de peur qu’elles nous anéantissent encore plus, alors qu’on avait déjà notre charge de travail propre pour ça, merci. Eh bien si le même état d’esprit tordu vous habite, soyez ravi : l’on a quelque chose à vous proposer dans ce registre. C’est un livre, et il a pour titre Ce qu’il faut de nuit – et pour auteur Laurent Petitmangin.




Le cadre de départ n’est déjà pas tout rose : c’est le Nord-Est certes, une bourgade perdue entre Metz et Nancy qu’on ne déteste pas forcément. Mais c’est surtout une famille. Une famille qui n’est pas des plus aisées, le père ayant un poste assez bas placé à la SNCF, et dont la mère est récemment trépassée. Mais c’est au moins une famille relativement unie, deux enfants et un père responsable, et qui réussit à ne pas complètement sombrer dans la tristesse.


Tout le talent de l’auteur consistera en briser ce fragile équilibre tout en en maintenant l’apparence le plus longtemps possible, et en nous adressant depuis sa place privilégiée une sinistre mise en garde.


Cette histoire, bien que contée par un narrateur tout ce qu’il y a de plus interne puisqu’il s’agit du père de famille, c’est d’abord celle de son fils aîné. C’est autour de lui que viendront se greffer la plupart des autres personnages, c’est par ses mésaventures que tout dégénérera et par ses fréquentations que les péripéties s’enclencheront véritablement, sourdement, lentement (et pourtant qu’il est dur d’obtenir de la lenteur en 192 pages seulement, et des chapitres éclair !), sournoisement et pas forcé certainement en apparence. Mais comme dans toute bonne tragédie, ce qui doit arriver arrivera, et comme dans tout bon polar, de manière brusque et innatendue.


C’est aussi une histoire de politique puisque c’est celle-ci, facteur d’unité prétendument et conçue comme telle, mais facteur de division depuis des temps immémoriaux, qui causera l’effritement de la cohésion familiale – et ultérieurement sa chute. Un père parmi les ultimes militants de sa section PS et un fils certes doux et innocent mais qui à force de traîner avec eux se lient trop pour son géniteur à des sympathisants du Front, comment eût-ce pu ne pas mal tourner ? De mille manières en vérité, mais ce n’était pas le propos de l’auteur, ni la fin qu’il cherchait à donner à son œuvre. Celle-ci connaîtra le sang et ne s’en affranchira pas. Et pourtant il sera loin de constituer l’essentiel de l’œuvre ; mais force est de constater que d’hôpital en cimetière, d’hôpital en tribunal et de désespoir en prison, la joie n’est pas la couleur dominante de la palette locale.


Alors que chercher en cette œuvre ? La beauté des souffrances montrées, des liens qui se nouent, se brisent ou font tout pour l’éviter, l’horreur de ces luttes et de ces obstinations. C’est un roman politique mais surtout un roman psychologique.


Dernier fait et pas forcément des moindres : il est en lice pour le Prix Littéraire de Sciences Po. S’il gagne, au moins pourrez-vous vous poser en précurseur en l’ayant lu avant !

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