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Inside n°9, ou comment profiter des séries disponibles sur arte.tv

En octobre dernier, arte.tv lançait son propre service de séries en streaming, à la notable exception que, contrairement aux poids-lourds du secteur, l’accès y était gratuit. Deux mois après, peut-être est-il temps de parler d’une démarche pleinement réussie, en vous présentant une série britannique encore peu connue en France et proposée par arte.tv, Inside n°9.



Inside n°9, c’est d’abord une série sans dépendance, ou presque : tout comme Black Mirror, les épisodes ont leur propre histoire et présentent chacun un scénario original ; ainsi ne se sentira-t-on pas obligé de passer des nuits à enchaîner les épisodes, tenu en haleine par les cliffhangers. Des points communs à tous les épisodes cependant : l'intrigue se joue toujours en huis-clos, au numéro neuf (numéro de rue, de salle, de wagon...), avec le même casting à peu de variations près.


Avec la permanence des acteurs, on pourrait s’attendre à ce que la crédibilité en prenne un sérieux coup : comment croire à des personnages qui ont toujours les mêmes traits, la même voix ? Le défi est relevé avec brio : les costumes sont réussis, adaptés, changent au gré du scénario ; les traits des acteurs sont modifiés, et par le maquillage, et par le jeu. Car le jeu, les voix, eux aussi se modulent au fil des épisodes pour seoir parfaitement aux rôles variés qu’on attribue aux acteurs : on prend même un certain plaisir à déceler des traits devenus familiers dans des rôles pourtant très éloignés. Là est la deuxième force de la série : la variété des intrigues, des atmosphères. De l’Angleterre médiévale où l’on chasse les sorcières à nos jours, d’une loge de théâtre à un manoir glauque, le spectateur passe d’un décor à l’autre. Variété des intrigues et des atmosphères, certes, mais pour un trait commun tout de même, un air de famille, comme entre les personnages : l’humour cruel, absurde, tout à fait britannique, même si on notera sporadiquement une tendance à la vulgarité inutile, sans dévaluer pour autant la qualité générale de la série (sauf peut-être en ce qui concerne La Couchette, vraiment gênant et immature). Les dialogues sont écrits avec talent, ce qui rend une partie de « sardine » a priori banale hilarante par moments. Le comique de situation est roi : les personnages sont toujours en décalage, dans des scènes qui rappellent parfois un héritage des Monty Pythons. Notons par exemple un mémorable cambriolage dans une ambiance mutique, mais non silencieuse : le deuxième concerto pour piano de Rachmaninov accompagne les acteurs dans ce qui ressemble à un ballet tantôt gracieux, tantôt pataud.


Voilà le dernier atout d’Inside n°9 : la mise en scène. La réalisation est impeccable, ou plutôt les réalisations sont impeccables : chaque épisode a son univers, son ambiance. N’ayant vu encore que deux saisons, le bilan est provisoire. Cependant, d’une réalisation très intimiste et réaliste comme dans le tout premier épisode, au registre fantastique comme dans Tom & Gerri (on appréciera ou non le clin d’œil) ou The trial of Elizabeth Gage, on trouve dans Inside n°9 une variété rafraîchissante, qui donne sans cesse au spectateur le sentiment d’aller de découverte en découverte, de surprise en surprise : comme si, finalement on pouvait commencer une nouvelle série tous les soirs.


Inside n°9, sorti initialement en 2014, disponible depuis octobre 2020 sur arte.tv