• Marie Boron

Lundi Méchant, ou une évasion du confinement

Mis à jour : 4 déc. 2020

LUNDI MÉCHANT, c’est un album pansement, destiné bien sûr à son auteur/poète/interprète, mais aussi à nous autres, pauvres petits auditeurs confinés. Par ses poèmes chantés, Gaël Faye confirme parfaitement son rôle de "rappeur littéraire", et se fait le troubadour d’aujourd’hui, à l’image du grand Oxmo Puccino ou de l’impressionnant Dooz Kawa. En même temps qu’il nous emporte, nous faisant même dans

er (qui l’eût cru ?), Gaël Faye écrit nos douleurs, nous transporte dans son passé et nous confronte habilement aux sujets lourds de notre triste actualité (violences conjugales, sort des exilés, inégalités sociales…). Ses sons nous renvoient sans cesse à la perte de l’innocence d’une part, et nous motivent et réconfortent de l’autre.


Les thèmes retrouvés dans son Petit pays (prix Goncourt des Lycéens 2016) à qui il rend un bel hommage dans Kwibuka sont ici universalisés pour témoigner de son empathie.

Accompagné des chants si douuuuux de Samuel Kamanzi, Gaël Faye voue une énième ode à son Rwanda d’origine, pour "se dire qu’on est forts, qu’on vient de l’infini". Et rend un énième hommage aux victimes de cette tragédie innommable. "Je rêve de vous au jardin de nos mémoires", "vos lumières invaincues", "je n’oublie pas, je m’habille de vos rêves" : ou les occultes paroles d’un magicien qui apaise les douleurs du deuil, les cicatrices d’un traumatisme national encore si récent.

Un son qui nous permet d’entrevoir les "Lueurs", dans une chanson puissante et incisive, qui nous frappe en pleine gueule. Autre sujet brûlant d’actualité abordé ici : les violences policières. Un hommage non camouflé à George Floyd mais aussi aux exilés des camps, "leur genoux sur notre cou", "truc à Calais" , "je peux plus respirer". Dans un dessein poétique, Gaël Faye entend "Transforme la chair en verbe, la douleur en arme l'ombre en lumière".

Et puisqu’aucun sujet n’échappe à notre auteur-chanteur, les femmes sont également à l’honneur. Dans "Histoire d’amour", Gaël Faye évoque avec gravité les violences conjugales : "Je t’aime à la perpétuité".


MAIS ! Rassurez-vous, Gaël Faye c’est aussi du fun, des tempos entraînant, des rythmes dansant.


Preuve de sa modernité et de son ancrage dans la jeunesse actuelle, Gaël (allez, appelons le par son prénom) n’hésite pas à introduire des mots verlan "à técô" et du jargon d’aujourd’hui : "elle poucave", "zbeul"… Et ça passe BIEN. Sur une instru grave entraînante signée Guillaume Poncelet, Zanzibar nous promet un voyage initiatique et poétique Il nous emmène sur "des chemins escarpés" pour "danser sous les lumières du ciel". Une douceur dont il nous berce également sur Kerozen, où il nous transporte cette fois-ci, vers des "archipels fragiles" en "exil inventé" (tiens tiens, on n’en aurait pas besoin en ce moment ?). NYC et JITL, respectivement 11ème et 12ème sons de Lundi Méchant, nous font danser au rythme des "Senora". "Boomer" est un énorme clin d'œil au rap et sa musique parvient à nous "faire bouger les reins". Tout comme dans "Chalouper", qui nous enjoint à se trémousser. Écoutez le, vous verrez, on a bien envie de danser sur ce son bien rythmé !


MAIS ! Lundi Méchant, c’est aussi des collabs du futur.


"Seuls et Vaincus", la pépite incontestable de ce disque, n’est autre qu’un slam d’un poème de Christiane Taubira. Que l’on soit fan de l’ancienne Ministre de la Justice ou non, ses mots d’une justesse saisissante s’adressent à tous, aussi lâches et combattants que nous pouvons l’être.

Gaël Faye s’est, entre autres collabs, également associé à Jacob Banks (dont la tessiture de la voix nous rappelle Woodkid) pour un titre mélancolique : "Only Way is Up". Leur objectif de poètes modernes est clairement annoncé : "nous offrir l’aube".



Bref, voici la liste non exhaustive des raisons d’écouter Gaël Faye, offrez vous cette évasion poétique !

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