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Memoria, un bruit, le silence et un murmure

Tout commence par une nuit en ombres chinoises, dans une chambre, à Bogota. Jessica Holland (Tilda

Swindon), qui dort chez son beau-frère pour rendre visite à sa sœur à l’hôpital, est réveillée en sursaut par un bruit sourd. Ce son ne la quittera plus, et elle le cherchera pendant les 2h16 que dure le dernier film de Apichatpong Weerasethakul, en compétition au Festival de Cannes. Une fois sorti de cette expérience, l’on reste perplexe. Certes, les qualités ne manquent pas : le film est plein de plans magnifiques sur la Colombie, en ville, en montagne, ou en forêt ; le contraste entre le bruit sourd récurrent et le peu de dialogues, voire le silence, est tout à fait remarquable. De plus, l’on ne peut nier que la trame mystérieuse sait retenir l’attention du spectateur, au moins un certain temps. De rencontres en rencontres, Jessica Holland essaie de reconstituer le son, puis de trouver sa source, de comprendre son origine. Dans cette odyssée, Tilda Swindon évolue à merveille, donnant parfaitement l’impression d’être perdue, dépassée par les évènements. Toujours en décalage du reste du monde, sauf peut-être d’Hernán Bedoya (Elkin Diaz, âgé, Juan Pablo Urrego, jeune), le personnage principal se meut dans un univers rendu incompréhensible voire franchement insupportable par cet unique et obsédant son.


Néanmoins, le huitième long-métrage du réalisateur thaïlandais ne manquera pas de diviser. Peut-être le contraste entre le son et le silence est-il trop fort : certains plans séquences silencieux donnent parfois l’impression d’être interminables, quand d’autres sont empreints d’une poésie touchante. On peut également trouver le personnage de Jessica Holland très peu spontané par moment, et il cela donne parfois à voir Tilda Swindon derrière le masque. Enfin, le film traîne parfois sur des longueurs, pour une conclusion décevante : le mystère est résolu d’une manière sans doute un peu convenue.


Pour autant, aller voir Memoria, c’est, on l’a déjà dit, faire une expérience, et une expérience qui en vaut le détour. Il y a dans cette œuvre un murmure à entendre dans le silence comme dans le bruit fracassant : ce murmure, c’est celui de celles et ceux qui passèrent avant Jessica Holland, avant Hernán Bedoya, ce murmure, tout le monde en salle ne l’entendra pas, mais, nous vous le souhaitons, il résonnera peut-être en vous.

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