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Play, un feel-good movie qui fleure bon les années 90, qui fleure bon le cinéma




Cette deuxième case du calendrier de l’Avent culturel de L’Artichaut est l’occasion de recommander Play, réalisé par Anthony Marciano, un film simple, efficace, certes loin du chef-d’œuvre, mais qui reste assurément une belle découverte pleine d’optimisme dans une année 2020 pour le moins troublée.


Le scénario est simple : Max (Max Boublil), 33 ans, retrouve son caméscope reçu à l’âge de 13 ans, et surtout les précieux enregistrements, qui sont le fruit d’une utilisation plus qu’assidue du cadeau. Il redécouvre alors les éléments marquants de son adolescence et de ses premières années d’adultes, les moments les plus joyeux, comme les plus terribles. On ne prendra pas le temps ici de s’attarder plus sur l’histoire, somme toute assez commune pour une comédie, avec quelques facilités narratives qui nuisent à la crédibilité. Car certes, Play est un feel-good movie avec tous les défauts que cela peut comporter, mais il en assume aussi toutes les qualités – et même plus.


D’abord, l’ambiance. Et quelle ambiance ! Nous voilà nostalgique qu’on n’a pas ou peu vécue : les années 90. Tout y passe, de la gameboy à la victoire de la France à la coupe du monde de football en 1998. On prend plaisir à suivre le parcours d’un groupe d’amis certes représentatif d’une expérience très Parisienne, mais dont la joie de vivre, les blagues potaches ou les errements sentimentaux deviennent universels par les dialogues très crédibles et la réalisation extrêmement habile.


Les dialogues et la réalisation, voilà les deux forces du film. Les acteurs sont naturels, et leurs mots sont audibles : sans être dans une élégance déplacée, on n’a pas non plus le droit à l’immonde faux argot de substitution créé par des dialoguistes à la jeunesse semble-t-il lointaine. Non, ici les mots sont justes, pesés, souvent drôles, parfois touchants. La réalisation à la première personne achève de nous immerger dans le récit : voici que le spectateur devient Max, car tout le film est raconté par l’œil passionné d’un jeune homme qui n’occulte rien, pas même son propre ridicule.

Peut-être ne faut-il pas trop interpréter ce choix de réalisation, mais il témoigne sans nul doute d’un vrai travail sur le cinéma. La mise en abîme est réussie : durant l’heure quarante-huit de film, le protagoniste est aussi le réalisateur, dans ce qui n’est pas sans rappeler la démarche du « Nouveau Roman » et d’Alain Robe-Grillet dans La Jalousie. À moins que le vrai personnage principal dans cet univers anti-héroïque, presque banal, ne soit la caméra : Play, c’est l’éloge des gens, pas des héros ; Play,c’est l’éloge du cinéma, pas des jeunes premiers ; Play, c’est l’éloge d’un art, celui de peindre amoureusement toutes les vies.