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L'Arabe du futur 5 : à peine déballé, déjà dévoré

Mis à jour : 26 déc. 2020

Peut-être étiez-vous étonné de ne pas avoir lu un article sur le tome 5 de L’Arabe du Futur dans L’Artichaut. Peut-être l’avez-vous trouvé, comme nous, au pied du sapin ce matin. Peut-être, comme nous, l'avez-vous déjà avalé, d'une traite. Peut-être, comme nous, attendez-vous déjà le tome 6. Peut-être ne vous êtes-vous jamais encore plongé dans la lecture de l’épopée enfantine puis adolescente de Riad Sattouf.



L’Arabe du futur, série bédeesque à succès depuis le premier tome paru en 2014, nous raconte l’histoire de son auteur, tragi-comédie familiale entre la Syrie, la Bretagne ou la Lybie. Tragédie d’abord, puisqu’il est question dans ce tome de Fadi, le cadet de la fratrie, qu’Abdel, le père a enlevé en Syrie. L’on suit ici par les yeux de Riad le combat désespéré de la mère qui par tous les moyens essaie d’obtenir le rapatriement de son fils. Tragi-comédie pour Riad essayant de séduire son premier amour, Anaïck : coup de foudre, espoir, échec cuisant et jalousie, relation fantasmée ; L’Arabe du futur est certes le récit d’une adolescence, mais c’est aussi celui de l’adolescence. Véritable cycle initiatique, chaque tome voit le narrateur évoluer, affirmer son dessin autant qu’il dissimule la difficulté de sa vie familiale. Cycle initiatique qui donne à voir madame Chapalain, professeure d’art plastique de Riad Sattouf en troisième, qui encouragea l’adolescent d’alors à devenir dessinateur. Cycle initiatique qui affiche les projections d’un adolescent, toujours exagérées, d’un songe d’amour Chthonien, à un Œdipien combat cauchemardé. Cycle initiatique qui construit le Panthéon littéraire et surtout bédeesque de l’auteur, qui construit ses mythes, trouve ses idoles. Tragédie, tragi-comédie, L’Arabe du futur est aussi une comédie : l’humour cru, cruel, qui parfois nous ferait rougir sitôt l’éclat de rire achevé ; le comique de situation perpétuel, souvent aux dépens du narrateur lui-même ; les stéréotypes de « l’Arabe » et du « Breton » ; Riad Sattouf enfin qui imite, dédramatise, ironise pour protéger sa mère.


Le tome 5 de L’Arabe du futur, c’est aussi une atmosphère, celle du début des années 90 en France, avec les walkmans, dans lesquels on écoute Nirvana naissant ou NTM révolutionnaire ; celle des années Mitterrand, qu’on déteste jusqu’à la réponse de la Première Dame à Clémentine ; c’est un Nagui encore jeune (oui) qui égaye les longues soirées sans Fadi.


Bien évidemment, L’Arabe du futur, c’est aussi l’alliance très réussie de texte naïfs mais profonds, et de dessins sobres mais délicieusement expressifs, toujours à propos. La palette de couleurs est restreinte, pour servir une large palette d’émotions : comme des signes, on apprend à lire la couleur comme un témoignage en direct de l’émotion de l’auteur. Un auteur qui, bien que bien installé en France, est constamment rappelé au village de son père, Ter Maaleh, par son daimôn, le souvenir de l’un de ses cousins syriens. En effet, L’Arabe du futur, c’est le récit de l’équilibre difficile à trouver pour un enfant issu d’un couple mixte d’autant plus déchiré avec l’enlèvement du cadet, à la recherche de son identité, de ses origines, complètement fait à la vie française de sa mère, mais qui parfois a peur et honte d’oublier celle de son père.


Riad Sattouf confirme une dixième fois (en ajoutant les cinq tomes des Cahiers d’Esther) son talent de chroniqueur social de la vie des enfants et adolescents, dans leur monde comme dans celui plus dur et envahissant des adultes. Il semble que l’auteur de L’Arabe du futur comblera toujours son public, avec des histoires attachantes, et des références répétées aux précédents épisodes ; le seul regret peut-être étant d’avoir dévoré trop vite le dernier cru, nous obligeant à l’attente, bien trop longue, du prochain (et malheureusement dernier) Sattouf nouveau d’une série passionnante.